Données et objets connectés : vers une nouvelle forme de contrôle ?

Données et objets connectés : vers une nouvelle forme de contrôle ?

Les objets connectés font de plus en plus irruption dans notre quotidien. Dans la santé, en domotique, dans les futures Smart cities, la question des données des utilisateurs est centrale. Ces appareils et dispositifs innovants qui, en premier lieu, sont conçus pour nous faciliter la vie, améliorer notre quotidien, jouer un rôle en santé publique ou pour l’environnement, pourraient-ils devenir les vecteurs d’une nouvelle forme de contrôle ?

Le 25 mars se tenait à l’université Panthéon-Sorbonne une conférence dédiée aux Smart cities. Les villes intelligentes sont conçues pour faire face aux nouveaux défis posés par l’augmentation croissante de la population urbaine. La question est notamment de savoir comment optimiser les processus pour consommer moins d’énergie, problème auquel les objets connectés peuvent apporter des solutions. Certaines applications permettent par exemple de recueillir des données sur les habitants, leur consommation énergétique, leurs habitudes de vie, pour identifier et améliorer les pratiques.

Lors de cette conférence, Nathalie Leboucher représentait Orange, qui possède un important programme smart cities, et pour lequel l’entreprise s’associe avec plusieurs collectivités. Elle assurait notamment, en citant quelques exemples, que les données récoltées sont anonymisées et dans tous les cas ne servent pas une exploitation économique. Pourtant le bon sens pousserait à penser le contraire. Quel autre intérêt que la récolte de données, et donc son exploitation commerciale, un industriel aurait-il dans le développement des villes intelligentes ? C’était d’ailleurs le propos d’Antoine Picon, ingénieur, architecte, et docteur en histoire, qui rappelait récemment que les données sont « ce dont tout le monde veut s’emparer ».

Les solutions proposées, aussi séduisantes soient-elles, et pertinentes pour répondre aux problématiques actuelles, n’en soulèvent pas moins la question de l’usage des données récoltées.

Dans un autre registre, du 26 au 28 mars se tenait à Paris le forum Netexplo, autour de l’innovation numérique et des applications pour la société de demain.

Dans un article du Monde, Julien Levy, directeur de la Chaire d’e-business « Digital Innovation for Business », s’étonnait de l’absence de projets ayant pour but la protection de la vie privée : « Nous étions persuadés qu’il y aurait , de nombreux projets sur la défense de la vie privée. Pratiquement aucun ne nous est remonté ». Un peu « Comme si la jeune génération avait intégré le fait que Google et Facebook savaient déjà tout de nous. »

Un constat également fait dans l’émission 14h42 sur la vie privée : les gens deviennent de plus en plus à l’aise avec le partage généralisé d’informations.

Julien Levy posait alors la questions, « Qui va contrôler ces données personnelles et quelles sont les limites de leur diffusion ? ». Avec la multiplication des données, leur traitement et leur diffusion, « nous devenons une société de transparence qui est aussi une société de surveillance », affirme M. Lévy. « Nous voyons bien que dans certains projets, remontés par les capteurs mondiaux de Netexplo, nous basculons déjà de la surveillance au contrôle ».

les objets connectés en santé ont fait l’objet de plusieurs articles récemment. Avec actuellement 15 milliards d’appareils dans le monde, il pourrait y en avoir 80 milliards en 2020.

Frédérique Lesaulnier, coordinatrice du pôle santé au service juridique de la CNIL, déclarait qu’en matière d’objets connectés pour la santé il serait probablement nécessaire de passer par des systèmes de labellisation des acteurs, et de permettre aux individus de réellement contrôler leurs données. Tout l’enjeu étant, comme elle l’expliquait, « d’accompagner l’innovation, tout en veillant à ce qu’elle ne se fasse pas au détriment de la vie privée ».

Aux États-Unis, l’intérêt des applications santé par exemple n’a pas échappé aux assurances, qui pourraient faire usage des données de santé pour moduler leurs tarifs en fonction des informations disponibles sur leurs clients. Certaines envisagent déjà de fournir des appareils connectés dans leurs offres.

Il paraît donc primordial d’être vigilant concernant les données que les applications et appareils de demain permettront de recueillir, et l’usage qui en sera fait. L’enjeu étant, semble-t-il, de préserver la vie privée tout en permettant l’innovation.

Pour aller plus loin :

Lors de la conférence sur les smart cities à la Sorbonne, un des intervenants évoquait le fait que nous devenons les nouveaux produits des entreprises qui exploitent les données. Dans l’émission 14h42, Antonio Casilli évoquait même le fait que les internautes peuvent être considérés comme des travailleurs du web. Les données collectées par les géants d’internet deviennent une propriété commerciale des entreprises, on parle alors d’exploitation du travail numérique des utilisateurs.

Il y a deux semaines, l’UFC que choisir a assigné Twitter, Google, Facebook, pour des clauses jugées abusives dans leurs CGU. L’association entame ainsi des procédures pour renforcer la protection de la vie privée. Par ailleurs un nouveau projet de loi sur le numérique devrait être présenté cet été au parlement. Un volet concerne justement la protection des données personnelles, et pourrait renforcer le pouvoir de la CNIL à cet égard.

2 Comments

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  2. Antoine

    Je fais remonter ici une discussion qui a eu lieu sur LinkedIn (http://www.linkedin.com/nhome/updates?topic=5858984892850798592) :

    Alex Jud : En effet, les données que tout nos terminaux intelligents collectent sont à la fois source de questionnement et de psychose dès qu’on commence à s’y intéresser. Néanmoins c’est plus le contrôle et la compréhension de ceux-ci qui me semblent important de faire comprendre aux gens ; Loin de moi l’idée de faire naïvement confiance à tous les collecteurs de données, mais ces données consciemment fournies nous permettent nettement d’améliorer notre quotidien.

    Antoine : Aussi de mon point de vue, il ne serait pas intéressant de freiner l’innovation. Il ne faut simplement pas oublier que derrière les applis et autres dispositifs connectés on trouve des entreprises friandes de données et de leur intérêt économique.

    Guillaume Jousset : Sans oublier l’énorme potentiel de développement pour le secteur des télécoms. Une tendance qui devrait largement compenser un marché de la téléphonie mobile qui va finir par saturer du côté des pays de l’hémisphère Nord. Plus anecdotique, du moins en terme de volumes, les objets connectés offrent aussi un intérêt pour des personnes fragilisées, comme les personnes malades d’Alzheimer. Un exemple : la cuisinière intelligente qui communique avec son utilisateur, voire les secours, en cas de danger. Ah! Si elle pouvait préparer le repas toute seule…

    Antoine : Oui, mais selon les services il me semble que toutes les données recueillies ne sont pas forcément nécessaires

    Alex Jud : Ce qui ne parait pas nécessaire aujourd’hui l’est demain! Regardes ce qu’on pensait du GPS à ses débuts (ce n’est qu’un exemple). Le recueil des positions sert à l’heure actuelle de faire des prévisions de trafic routier en temps réel et on s’en plaint pas! mais de savoir que nos propres positions sont recueillies, on hurle au scandale et à la perte de vie privée!

    Antoine : Je plaide plus pour une transparence sur l’utilisation des données. Surtout, pour le moment on a le choix d’utiliser des sites, applis ou objets connectés. Demain c’est moins sûr… Autre chose : derrière les smart cities, ou applications santé, on pourrait croire que l’on se dirige vers une plus grande prise en main de nos consommations, de notre santé, etc. Mais je trouve que ça s’apparente plus à une autre forme de consumérisme, qui fait le beurre de grosses entreprises. Je crois sincèrement au potentiel d’innovation permis par les dispositifs technos, les données, pourvu que leur usage soit transparent et qu’il apporte de réels bénéfices sociaux.

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